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July 10 2012
Tbilissi, octobre 2011. Nicolas Sarkozy, alors chef de l'État français, fait un triomphe devant des milliers de Géorgiens rassemblés dans la capitale. Il dénonce la " guerre éclair " de 2008 avec la Russie et fustige le non-respect par Moscou des accords signés avec la Géorgie à la suite de cette guerre. Dans le même temps, une nouvelle moins retentissante mais tout aussi importante : Bidzina Ivanishvili, l'homme le plus riche du pays, fait part de son intention de se lancer en politique le président Saakachvili.
Plus connu pour ses frasques médiatiques que pour son parcours d'initié en politique, Bidzina Ivanishvili n'est plus à présenter. Oligarque franco-géorgien, Ivanishvili a bâti sa fortune douteuse sur les décombres de l'URSS. Impliqué dans des trafics de diamants en Angola, interdit de fouler le sol canadien et en lien étroits avec le Kremlin, le milliardaire revient une fois de plus sur le devant de scène pour des propos xénophobes.
Interrogé le 25 mai dernier sur la chaîne nationale Mastro, Ivanishvili s'est emporté contre une loi accordant plus de droits aux minorités religieuses. " Selon cette loi, nous pouvons avoir un Parlement dont les membres ne seront pas des citoyens géorgiens, ne parleront pas la langue géorgienne et surtout ne seront pas ethniquement géorgiens " s'est exprimé le candidat aux législatives et aux présidentielles. Un dérapage, en bon et due forme, digne des partis d'extrême droite. Mais un dérapage calculé.
En effet, depuis quelques temps, un relan identitaire frappe le pays. Les membres du parti d'opposition, le " Rêve Géorgien " - dont Ivanishvili est à la tête - y vont aussi de leurs petites piques.
Murman Dumbaze, président du mouvement " Servir la Géorgie ", le petit frère du " Rêve Géorgien ", s'en est pris à Giorgi Masalkin - homme politique géorgien qui soutient la construction de mosquées dans le pays - l'accusant " de ne pas comprendre l'amour du pays, car il ne serait génétiquement pas géorgien. " L'intégration des musulmans en Géorgie est un sujet sensible. L'oligarque a appuyé ces dires en déclarant " inacceptable qu'une mosquée soit construite sur décision de Mikheil Saakachvili " dans le journal nationaliste Asaval-Dasavali.
Enfin, Zviad Dzidziguri et Gubaz Sanikidze , deux autres partisans du " Rêve Géorgien " ont montré toute leur animosité envers Arméniens et pro-Saakachvili . " Tout ce qu'ils [les partisans du président actuel] connaissent, c'est la langue de Shakespeare et comment utiliser un ordinateur. Ils ne connaissent ni la bravoure, ni la religion. Ils ne sont pas vraiment Géorgiens " déclare le premier.
"Il est inacceptable que les Eglises géorgienne et arménienne aient le même statut. Les arméniens ont plus d'argent, ils vont finir par nous dévorer ! " proteste le second. Bien qu'indigestes, ces messages sont malgré tout bien réfléchis. En visant l'appui de l'Eglise orthodoxe influente, Ivanishvili fait passer aisément ses idées à la communauté orthodoxe.
Déjà enlisé dans des histoires d'achats de votes, le candidat Ivanishvili joue avec le feu, en se frottant aux idées nationalistes. À trois mois des législatives et un peu moins d'un an des présidentielles, le " Rêve Géorgien " se fraie doucement un chemin vers la légitimité d'un vrai parti d'opposition, gagnant en popularité par clientélisme et populisme.
Aux Géorgiens donc de choisir entre une ouverture sur l'Europe avec Saakachvili ou bien opter pour un repli conservateur, sous le joug de Moscou, avec Ivanishvili.